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Confinement-et-numerisation

Les rassemblements sont interdits, notre seul accès au monde, c’est l’écran d’ordinateur

Debut mars, le débat public était dominé par les critiques de la mondialisation, du néolibéralisme, voire du transport aérien et de la croissance. Mais depuis la mise sous cloche de la vie sociale et l’aggravation de l’épidémie dans certaines régions du pays, ce sont les discussions sur les moyens numériques de contrôle de la contagion qui sont frappantes et inquiétantes. On fait presque partout l’éloge du traçage électronique des personnes porteuses du Covid-19, tel qu’il est pratiqué en Corée ou à Taïwan. L’Italie et l’Espagne s’appuient sur les opérateurs téléphoniques pour vérifier que les citoyens respectent le confinement. C’est devenu un réflexe, l’unique manière dont on pense pouvoir conserver des liens, se parler, prendre des initiatives collectives : les conversations par Skype, les groupes Whatsapp, les plateformes, etc. Dans un contexte où les rapports directs et physiques sont interdits en dehors du foyer, tout est réuni pour que l’emprise du numérique sur nos vies se renforce.
Matthieu Amiech est l’un des animateurs des éditions La Lenteur. Il est l’un des auteurs de La Liberté dans le coma — Essai sur l’identification électronique et les motifs de s’y opposer (La Lenteur, réed. 2019) et participe aux activités du collectif Écran total, qui fédère des résistances à l’informatisation du travail et de la vie quotidienne.
Voir : https://reporterre.net/Le-confinement-amplifie-la-numerisation-du-monde
Avec l’épidémie et le confinement, nous sommes non seulement privés de monde au sens culturel et politique, mais aussi de monde sensible : les rassemblements sont interdits — mêmes les cérémonies funéraires —, de nombreux marchés sont fermés, et les randonnées en forêt ou en montagne peuvent être sanctionnées. La seule chose qu’on nous laisse, notre seul accès au monde, c’est l’écran d’ordinateur. On s’y engouffre d’autant mieux que les outils numériques ont cette capacité de donner l’illusion qu’ils maintiennent ou recréent le monde autour de nous – l’illusion d’être ensemble, alors que nous sommes isolés.
L’Éducation nationale invite à la « continuité pédagogique ». Suivant l’âge des élèves, il est plus ou moins possible de travailler par soi-même. Mais ça n’a aucun sens avant la maîtrise de l’écriture/lecture. Le temps moyen passé devant l’écran croît ainsi que les effets délétères sur la concentration, l’agressivité, le stress, l’angoisse, la mémoire, la vue. Voir les ouvrages Les Ravages des écrans (Manfred Spitzer, L’échappée, 2019)
Il faut
bien le dire, sans complotisme, que pour l’industrie du numérique, la crise sanitaire est « une divine surprise ».
Google s’est précipité pour proposer ses services aux enseignants et aux parents pour communiquer entre eux, quelques heures à peine après la fermeture des écoles ! Le géant américain va publier des statistiques issues des données de localisation de ses utilisateurs dans le monde, pour traduire l'évolution des fréquentations...
https://www.boursier.com/actualites/economie/coronavirus-comment-google-compte-mesurer-les-effets-du-confinement-43583.html
De plus, avec le plan Action publique 2022, le gouvernement actuel a l’ambition de numériser l’ensemble des services publics en supprimant notamment les guichets physiques dans les gares, les postes. Enfin l’ordonnances de la loi d’état d’urgence sanitaire donne toute latitude aux opérateurs de téléphonie pour adapter les « procédures applicables pour garantir la continuité du fonctionnement des services et de ces réseaux ». En clair : rajouter de la bande passante là où le web sature sans avoir besoin des autorisations habituelles. « Il s’agit de pouvoir intervenir en urgence pour rétablir l’intégrité du réseau dans cette période inédite de confinement, en installant des équipements à titre temporaire qui devront être démontés au plus tard dans les deux mois post état d’urgence sanitaire », assure à Reporterre la Fédération française des télécoms.
https://reporterre.net/Au-nom-du-coronavirus-l-Etat-liberalise-l-installation-des-antennes-relais


Pour Michel Lepesant qui anime le blog Décroissance, où va-t-on, ce qui est en train de se passer est une expérimentation ni minoritaire, ni majoritaire, mais totalitaire, dans laquelle la fin affichée « sauver des vies » – justifie tous les moyens.
Voir https://reporterre.net/Le-monde-qui-vient-n-a-rien-d-une-utopie-c-est-un-cauchemar

Zoom, le service de vidéoconférence, profitait de l’épidémie de coronavirus pour recruter de nouveaux utilisateurs à tour de bras, le voilà sous le coup d’une class action aux États-unis, après la découverte de l’envoi de données à Facebook par l’application iOS.
Voir https://www.linformaticien.com/actualites/id/54099/zoom-poursuivi-en-justice.aspx

En Europe, où l'épidémie sévit depuis plus d'un mois désormais, une autre étude, à laquelle a participé la Fevad, révèle que sur 13 pays, dont neuf ont fermé leurs commerces physiques "non essentiels" comme en France, seuls trois (Autriche, Belgique et Espagne) constatent un "impact globalement positif" du confinement sur les ventes en ligne de produits non alimentaires.
Voir ; https://www.abcbourse.com/marches/coronavirus-la-fermeture-des-magasins-ne-fait-pas-forcement-l-affaire-du-commer_499772

Bien sûr, des choses intéressantes émergent. La question, c’est comment faire pour que l’élan de solidarité ne soit pas entièrement canalisé par le numérique ? Va-t-on réaliser qu’une authentique réappropriation de notre vie matérielle ne peut pas s’appuyer sur la haute technologie ? Les vrais problèmes et les vraies solutions sont ailleurs, dans le monde concret.

 

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